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Découvrez un extrait du livre Deception Point de Dan Brown

 

Les trois hommes étaient assis, silencieux, dans leur tente polaire. Dehors un vent glacial ballottait leur précaire abri, menaçant d’en arracher les pitons. Aucun des hommes ne semblait s’en soucier ; chacun d’eux avait vécu des situations beaucoup plus périlleuses que celle-ci.

Leur tente était d’un blanc immaculé et ils l’avaient installée dans une légère dépression, ce qui la rendait invisible. Leurs appareils de communication, leurs
moyens de transport et leurs armes étaient les plus performants du marché. Le chef du groupe portait le nom de code Delta 1. Il était musclé et agile, avec des yeux
aussi désolés que le paysage dans lequel ils se trouvaient actuellement.

Le chronographe militaire sur le poignet de Delta 1 émit un bip strident. Le son coïncida exactement avec les bips émis par les chronographes de ses deux compagnons.

Trente autres minutes passèrent.

C’était le moment.

Encore une fois.

Songeur, Delta 1 quitta ses deux acolytes et fit quelques pas dehors dans le noir et sous les rafales de vent. Il scruta avec des jumelles infrarouges l’horizon
éclairé par la lune. Comme toujours, il se concentra sur la structure. Elle se dressait à mille mètres de là ; un édifice énorme et inattendu érigé dans ce désert blanc. Lui
et son équipe la surveillaient depuis dix jours maintenant, depuis sa construction. Delta 1 ne doutait pas que l’information qui se trouvait à l’intérieur allait changer
le monde. Des vies avaient déjà été sacrifiées pour la protéger.

Pour l’instant, tout avait l’air calme autour de la structure.

 

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Mais le vrai test, c’était ce qui se passait à l’intérieur.

Delta 1 entra sous la tente et s’adressa à ses deux compagnons d’armes.

— C’est l’heure du petit mouchard !

Les deux hommes acquiescèrent. Le plus grand, Delta 2, ouvrit un ordinateur portable et l’alluma. Se plaçant lui-même devant l’écran, Delta 2 posa sa main
sur une manette et lui imprima une légère secousse. À mille mètres de là, profondément enfoui sous le bâtiment, un robot de surveillance de la taille d’un moustique reçut le signal et se mit en marche.

 

Rachel Sexton fulminait toujours en conduisant son Integra blanche sur l’autoroute de Leesburg. Les érables dénudés qui se dressaient au pied de la colline de Fallchurch se découpaient sur le ciel très pur de mars, mais ce paysage apaisant ne calmait nullement sa colère. La récente ascension de son père dans les sondages aurait dû procurer à celui-ci un tant soit peu de satisfaction, celle d’un homme comblé, mais elle n’avait eu pour effet, apparemment, que de bouffir davantage sa vanité naturelle.

La supercherie du sénateur était doublement douloureuse ; il était en effet le seul parent proche de Rachel. Sa mère était morte trois ans plus tôt – une perte terrible pour la jeune femme, qui ne s’en était pas encore remise. La seule consolation de Rachel – soulagement paradoxal –, c’était de savoir que cette mort avait libéré sa mère du désespoir dans lequel l’avait plongée l’échec de son mariage si malheureux avec le sénateur. Le pager de Rachel bipa encore, ramenant ses pensées au présent et à la route qui défilait devant elle. Le message qu’elle lut sur le petit écran était le même.

 

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« CTC DIR NRO STAT »

« Contactez le directeur du NRO stat. » Mais, pour l’amour de Dieu, j’arrive ! soupira- t-elle.

Avec une perplexité croissante, Rachel prit la sortie habituelle, entra sur la route d’accès privée et roula jusqu’au stop, où l’attendait dans sa guérite une sentinelle armée jusqu’aux dents. Elle était parvenue au 14225 Leesburg Highway, l’une des adresses les plus secrètes du pays.

Tandis que le garde scannait sa voiture à la recherche de micros espions, Rachel balaya du regard la gigantesque structure qui se dressait au loin. Le complexe de trois cent mille mètres carrés s’étendait majestueusement sur soixante- huit hectares de forêt, juste à la limite du district de Columbia, sur la commune de Fairfax (Virginie). La façade du bâtiment était un immense mur de verre qui reflétait une multitude d’antennes satellites et de rayodomes qui truffaient les pelouses environnantes, la multipliant par deux.

Deux minutes plus tard, Rachel avait garé sa voiture et traversait les pelouses impeccablement tondues en direction de l’entrée principale où une enseigne annonçait National Reconnaissance Office.

Les deux marines armés qui encadraient la porte à tambour en verre blindé fixèrent imperturbablement l’horizon au moment où Rachel les croisa. Elle éprouvait toujours la même sensation en entrant dans l’édifice : celle de pénétrer dans le ventre d’un géant endormi.

Dans le grand hall voûté, la jeune femme perçut les échos feutrés de conversations, à voix basse, comme si les mots tombaient des bureaux situés au- dessus d’elle.

 

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Un immense sol pavé de mosaïques proclamait la devise du NRO :
« Assurer la supériorité de l’information américaine, durant la paix et pendant la guerre. »

Les murs étaient ornés d’immenses photos de lancements de fusées, de baptêmes de sous-marins, d’installations de systèmes d’interception, autant de prouesses qui ne pouvaient être célébrées qu’à l’intérieur de ces murs.

Aujourd’hui, comme toujours, il semblait à Rachel que les vicissitudes du monde extérieur s’estompaient. Elle entrait dans le monde des ombres. Un monde où les problèmes faisaient irruption comme des trains de marchandises lancés à pleine vitesse, et où les solutions étaient mises en oeuvre sans arracher aux employés d’autre réaction qu’un vague soupir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© Livre de Poche, 2008.

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